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![]() Cinéma
A l’époque communiste, les grands réalisateurs étaient souvent d’origine serbe. On se souvient du très beau « Avez-vous déjà entendu un tzigane pleurer ? » d’Aleksandar Petrović qui narrait, dans une musique magnifique, la vie quotidienne mais bien peu habituelle de tziganes du sud de la Serbie. Un an avant la mort de Tito, un film prémonitoire racontait, à travers l’itinéraire chaotique d’un autocar de campagne, les dissensions entre les différends peuples de Yougoslavie : « Qui chante là-bas ? » de Slobodan Šijan. Un film de transition est bien celui du réalisateur Goran Marković, avec « Tito et moi » sorti en 1992. Dans une comédie douce-amère, un petit garçon fait tout pour rencontrer Tito : était-ce un signe donné aux Serbes vis-à-vis de leur mentor ?
Depuis quelques années, de nouveaux talents ont vu le jour. Au milieu des années 1990, la guerre et la situation économique amènent des films durs mais captivants. « Jolli village, joillie flamme » de Srdjan Dragojevic narre l’histoire de deux amis d’enfance, l’un serbe, l’autre musulman, que tout va séparer durant la guerre en Bosnie. « Barril de poudre » de Goran Paskaljevic, sorti en 1998, raconte en des scénettes incisives et alertes, la dépression des Belgradois pendant l’isolement international qu’ils subissent. Ces deux dernières années, les thèmes sont plus consensuels et il faut retenir « Balkan Ekspres » d’Aleksandar Djordjević, « Kordon », de Goran Marković et « Profesionalac » de Dušan Kovačević parmi les meilleurs films. Les réalisateurs les plus prometteurs sont Miloš Radović -« Mali svet », « Pad u raj »- et Stefan Arsenijević -Ours d’Or à Berlin en 2003 en court métrage. Derrière eux, les étoiles montantes ont pour nom Zdravko Šotra et Srdan Golubović . Enfin, n’oublions pas les acteurs, parmi lesquels Miki Manojlović, Lazar Ristovski- vous vous rappelez, le grand gaillard aux moustaches dans « Underground »- et Ljubiša Samardžić ont marqué les années 1980. Dans la nouvelle génération, Sergej Trifunović et Mirjana Joković sont déjà des acteurs reconnus.
Goran Paskaljevic fait partie de ces cinéastes serbes formés à l’école de Prague et capables de varier les styles. Toujours réalisés dans un style intimiste, ses films nous étonnent par leur beauté d’âme et leur recueillement. Paskaljević est aussi connu en France car c’est une des rares personnalités serbes qui a pu s’exprimer dans nos médias pendant les années de guerre et après. Il est connu en France depuis le prix du public du festival d’Orléans qu’il a obtenu en 1984 pour « Le chaud été 1968 ». Mais sa notoriété devient importante avec l’ « Ange gardien »sorti en 1987, « Tango Argentino » récompensé au Festival de Montpellier et « L’Amérique des Autres » primé à Cannes dans les années 1990. Son film le plus achevé fut réalisé en 1998, « Barril de poudre » qui est un ensemble de scénètes à Belgrade durant la dépression des années d’embargo : toute la détresse du peuple serbe, désorienté après des années d’isolement international et de conflits sur ses frontières, y transpire à travers des descriptions pointillistes du caractère électrique et profond des Belgradois. Paskaljević s’est à ce moment là prononcé pour un changement de régime et a participé aux manifestations d’opposition à Milošević. www.paskaljevic.com Emir Kusturica Le monument du cinéma serbe. « Underground », film baroque sur le titisme mené tambour battant grâce à une musique tzigane endiablée, termine un cercle vertueux de dix ans où il aura gagné, à 42 ans, deux palmes d’or (Cannes) et un ours d’or (Berlin). Sa prédilection pour les histoires mêlant sentimentalisme slave et ethnos tzigane l’ont amené au firmament du cinéma mondial. La mise en avant d’une musique sortie tout droit des campagnes serbes et bosniaque -trubaći- lui donnent cette marque qui a fait sa renommée. Partageant sa vie entre Paris et Belgrade, citoyen d’honneur du Monténégro, Kusturica se veut comme le dernier défenseur d’un art de vivre à la « yougoslave ». www.kustu.com
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